Touchée de plein fouet par le djihadisme, l’Europe face à la crainte d’une «nouvelle vague»

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Des experts des questions de terrorisme et de radicalisation islamiste ont dressé, lundi, un panorama complet de la menace terroriste sur le Vieux Continent, lors d’un sommet organisé par le think tank Elnet et l’Institut Montaigne.Par Jean ChichizolaPublié hier à 22:35

A person holds a French national flag and a rosary outside Notre-Dame de l’Assomption Basilica in Nice on October 31, 2020, to pay tribute to the victims two days after a knife attacker killed three people, cutting the throat of two, inside the church of the French Riviera city, and police arrest a young Tunisian migrant from Sfax who arrived in Europe only last month, according to French prosecutors. – The killings came two weeks after a French teacher was decapitated outside his school north of Paris by a suspected Islamist extremist. The teacher had shown his pupils cartoons of the Prophet Mohammed during a lesson on freedom of speech. (Photo by Valery HACHE / AFP)

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Une véritable plongée au cœur du djihadisme européen. C’est ce qu’a proposé lundi le think tank European Leadership Network (Elnet), organisateur, avec l’Institut Montaigne, du sommet européen «radicalisation islamiste et menace terroriste». Après un premier volet, le 11 janvier dernier, un ensemble d’experts ont planché sur le profil des djihadistes venus des pays de l’Union.

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Hakim El Karoui, essayiste, consultant et expert pour l’Institut Montaigne, a notamment détaillé les résultats de sa dernière étude après dix-huit mois de travail ayant mobilisé cinq personnes. À partir de données ouvertes, portant sur quelque 700 djihadistes (partis ou velléitaires) français, 300 Britanniques, 300 Belges et 200 Allemands, ils dressent un portrait-robot au plus près de la réalité. D’une moyenne d’âge de 25 ans, ces individus (20% de femmes) ont, en ce qui concerne le contingent tricolore, quasiment tous la nationalité française. 60% sont issus de l’immigration d’origine maghrébine et l’on compte également 25 à 30% de convertis, amis de quartiers ayant embrassé l’islam radical. La concentration géographique est extrêmement importante, au-delà même des départements ou régions traditionnellement évoqués (région parisienne, lyonnaise, Nord, Est, etc). Douze communes regroupent 50% des djihadistes et les trois-quarts d’entre eux sont issus de 48 villes françaises. Enfin, loin d’être des marginaux, un tiers d’entre eux ont une formation professionnelle, un quart universitaire et un autre quart sort du lycée. Avec toutefois un accès difficile à l’emploi.Une vague pourrait se produire en Europe via une salafisation des esprits ou le développement de groupes armés commandés non plus depuis l’extérieur mais depuis le sol européen.

Hakim El Karoui souligne que la situation est sensiblement la même en Allemagne et en Belgique mais diffère au Royaume-Uni avec un niveau socio-économique plus élevé (un tiers d’étudiants, des médecins, ingénieurs) et un lien plus étroit avec des familles déjà rigoristes. L’expert exprime sa crainte pour le futur. Après une période 2000-2010 marquée par l’implantation du salafisme, puis des années 2010 avec «l’appel d’air syrien» et la multiplication par dix des djihadistes potentiels, on peut craindre «une nouvelle vague». Une vague qui pourrait se produire en Europe via une salafisation des esprits ou le développement de groupes armés commandés non plus depuis l’extérieur mais depuis le sol européen.

Un fléau européen

Aux Pays-Bas, l’historienne Seran de Leede met l’accent sur le djihad au féminin (100 départs depuis ce pays soit un tiers du total) avec un âge moyen de 20 ans et un grand nombre de doubles nationaux (majoritairement Marocaines) et de converties (31% contre 7% pour les hommes). Et des rôles bien plus divers qu’attendus, des recruteuses aux collecteuses de fond en passant par les trafiquantes d’armes ou de matériel ou les organisatrices d’actions armées, participant aussi à celles-ci. La chercheuse souligne que pour certaines de ces femmes l’engagement djihadiste peut même être vu comme un facteur de «libération» en dépit du rôle théorique assigné à la femme par les organisations islamistes. Enfin en Belgique, l’historien Pieter Van Ostaeyen exprime son inquiétude quant aux 290 djihadistes qui seraient toujours sur zone (165 combattants étant par ailleurs supposés morts et 40 détenus dans des camps dont une majorité de femmes et d’enfants).

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Devant ces constantes continentales, qui permettent de rappeler que le phénomène ne s’arrête pas aux frontières nationales, trois responsables de haut niveau sont intervenus lors du sommet. Coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, Laurent Nuñez a rappelé l’importance de la coopération bilatérale et multilatérale en matière de renseignement au sein du groupe antiterroriste qui réunit, en dehors des instances européennes, les pays de l’Union et ses voisins (Suisse, Norvège…). Pour lui, les Balkans (avec le Maghreb), où des revenants sont rentrés de la zone syro-irakienne, sont tout particulièrement surveillés. Et le responsable français de rappeler que l’auteur de l’attentat de Vienne en novembre 2020 était, par sa famille, originaire de la minorité albanaise de Macédoine du Nord. Et qu’il était en contact avec des membres de Daech dans les Balkans.

Numéro 2 des renseignements intérieurs de la République fédérale (BfV), l’Allemand Sinan Selen a évoqué la progression du salafisme dans son pays avec quelque 12 150 salafistes recensés. Il a également souligné qu’à côté d’une menace terroriste toujours présente (interpellation d’une cellule tadjike en avril 2020, opération antiterroriste au Danemark et en Allemagne en février 2021), il fallait également se soucier de ceux qui prônent «la séparation de la société» et envoyer à ces organisations «le signal qu’on ne supportera pas» ce séparatisme. Et de rappeler l’interdiction en début de mois d’une association radicale à Berlin. France, Pays-Bas, Belgique, Allemagne… Le fléau global appelle une réponse globale.

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En conclusion, le coordonnateur européen pour la lutte antiterroriste, Gilles de Kerchove, reconnaît la souveraineté des États membres mais rappelle ce que l’Union peut apporter au combat commun dans le domaine des fichiers (Schengen), de la coopération policière et judiciaire, de la lutte contre le trafic d’armes, d’explosifs ou encore contre la propagande en ligne. Le champ est des plus vastes. Et le temps presse car, avec quelque 5000 départs depuis l’Europe et une kyrielle d’attentats, le djihad syro-irakien a frappé le Vieux Continent de plein fouet.

lefigaro.fr

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