« Génération identitaire », CCIF : troc entre les deux rives

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"Génération identitaire", CCIF : troc entre les deux rives
Le constat est simple : nous avons, comme vous, affaire à deux mouvances identitaires qui se renforcent l’une l’autre.
© Antoine Wdo / Hans Lucas

L’œil de Marianneke

Par Nadia Geerts

Publié le 22/02/2021 à 11:20

Cette semaine, Nadia Geerts se penche sur la question de la dissolution de Génération identitaire, et du face-à-face entre les identitaires des deux rives, que connaît aussi la Belgique.

Le samedi 20 février, une manifestation était organisée à Paris en soutien à « Génération identitaire », un groupuscule d’extrême droite que le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a entrepris de dissoudre en s’appuyant sur les alinéas 2 et 6 de l’article 212-1 du code de la sécurité intérieure, relatifs aux « groupes de combat ou milices privées » ainsi qu’à ceux qui provoquent « à la discrimination, à la haine ou à la violence » raciale.

Toujours chez les identitaires – mais chez ceux d’en face, pourrait-on dire – en décembre dernier, le CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France) subissait le même traitement – après d’être autodissous préventivement quelques jours auparavant –, accusé par Gérald Darmanin de « propagande islamiste ». Et ce n’est pas la première association islamiste que le gouvernement français dissout dans la foulée de la décapitation de Samuel Paty, le 16 octobre 2020 : avant elle, l’ONG BarakaCity, le collectif Cheik Yassine et la mosquée de Pantin – pour six mois celle-là – avaient également été contraints de cesser leurs activités. »Dissoudre, donc, c’est très bien. Mais ensuite ? »

Et là, vous voyez, je tique un peu. Parce que dissoudre, c’est fort bien, ce n’est d’ailleurs pas une de nos vedettes nationales, le pasteur Pandy, qui me contredira : pour les distraits, l’affaire Pandy fit grand bruit en Belgique à la fin des années quatre-vingt-dix, lorsqu’il apparut que le brave homme s’était débarrassé, avec l’aide de sa fille, des corps démembrés de deux de ses épouses et de quatre de ses filles en les dissolvant dans l’acide.

Dissoudre, donc, c’est très bien. Mais ensuite ?

Ensuite, on le sait bien : Bruxelles n’est pas loin, et avec un peu de chance on y parle la même langue, alors pourquoi se gêner ?

C’est donc exactement ce qu’a aussitôt fait le CCIF, qui vient de renaître de ces cendres en Belgique, sous le nom du CCIE. Une association à ne pas confondre avec le Collectif Belge contre l’islamophobie (CCBI), puisqu’aussi bien nous n’avions pas attendu les Français, pensez-vous, pour avoir nous aussi un collectif contre l’islamophobie, cette maladie qui a jusqu’ici fait, sauf erreur, un nombre total absolument effarant de zéro mort en Europe.Deux mouvances identitaires qui se renforcent l’une l’autre

Et pendant que les identitaires islamistes font donc copain-copain dans la capitale de notre petit pays, les identitaires du trottoir d’en face, ceux de la Nation triomphante, filent eux aussi le parfait amour, à Paris cette fois, où l’on a vu une délégation belge apporter son soutien à Génération identitaire. Et parmi cette délégation, un certain Dries Van Langenhove, un député du parti d’extrême droite flamand Vlaams Belang, qui arborait pour l’occasion un vêtement frappé du logo de l’organisation identitaire flamande Schild & Vrienden.

Schild & Vrienden, selon son fondateur Dries Van Langenhove, c’est juste « un mouvement qui réunit des jeunes gens qui veulent un meilleur avenir pour la Flandre. » Historiquement, c’est surtout une sorte de test linguistique qui, en 1302, permit à la milice flamande de distinguer, parmi les occupants des maisons brugeoises au cours de la bataille des Éperons d’Or, les authentiques Brugeois des partisans du roi de France – qu’ils passèrent aussitôt par le fil de l’épée. Et aujourd’hui, c’est surtout un mouvement de jeunesse raciste et antisémite qui s’est donné pour but de former ses membres au combat pour lutter contre l’immigration.

Le constat est simple : nous avons, comme vous, affaire à deux mouvances identitaires qui se renforcent l’une l’autre. Vous nous avez refilé le CCIF, et on ne vous en remercie pas. Si au moins, en échange, vous gardiez Dries Van Langenhove et ses copains ? Bon, évidemment, il faudra apprendre à prononcer « Schild & Vrienden » de manière un peu plus convaincante qu’il y a 700 ans. Mais l’effort en vaut la peine, non ?

NB « Schild en vrienden » signifie « bouclier et amis ». Aucun intérêt, si ce n’est que c’est atrocement compliqué à prononcer pour un francophone. Mais comme ça, vous savez.

marianne.net

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