Avec Tor Wennesland, la paix n’est pas gagnée pour Israël

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Le 26 janvier 2021, Tor Wennesland, nouveau Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient (depuis le 21 décembre 2020), a présenté, devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies,  sa vision de ce qui est couramment appelé « les négociations de paix entre israéliens et palestiniens ». Bien que favorable à des négociations directes, il s’est montré attaché aux principes (absurdes et contre-productifs) dégagés dans la période précédant l’ère trumpienne. Ainsi, il n’entend pas organiser les bases d’une normalisation avec l’entité palestinienne (telles que mises en place avec certains pays musulmans) mais juste poser, préalablement à toute négociation, la projection à laquelle s’accroche la communauté internationale à savoir, la création de deux Etats sur les frontières (jordaniennes) « dites de 1967 », imaginant qu’Israël se pliera à un diktat onusien, dénué de tout lien avec le Droit international.

Dès le début de son allocution, Tor Wennesland a culpabilisé l’Etat juif : « Israël doit mettre fin à l’occupation et concrétiser la vision des deux États vivant côte à côte, dans la paix et la sécurité, sur la base des frontières de 1967, des résolutions de l’ONU et du droit international ». Il s’est donc dit « inquiet des plans annoncés, le 17 janvier 2021, concernant la construction de 800 logements et des appels d’offres pour 1 900 unités dans la zone C, outre 210 unités supplémentaires à Jérusalem-Est ». Pour Tor Wennesland, « la majorité se trouve en pleine Cisjordanie occupée ». De même, il a condamné la régularisation (prochaine) par Israël de « 200 unités situées dans des avant-postes illégaux », la décision du tribunal de district de Jérusalem (19 janvier 2021) qui a « rejeté une demande d’injonction provisoire visant à geler la procédure d’appel d’offres pour 1 200 unités à Giv’at Hamatos » et, enfin, déploré les démolitions de 71 structures palestiniennes « justifiées par l’absence de permis de construire délivrés par Israël»(alors qu’il est« presque impossible pour les palestiniens de les obtenir »). Il s’est également montré choqué par la décision rendue  par le tribunal de première instance de Jérusalem (23 décembre 2020), qui a confirmé l’ordonnance d’expulsion de quatre familles palestiniennes dans la section Batan el-Haoua du quartier de Silwan à Jérusalem-Est.

Tor Wennesland a donc exhorté Israël à renoncer « à ses projets de construction de nouveaux logements dans des colonies de peuplement juives en Cisjordanie occupée », qu’il considère (tels ses prédécesseurs) « illégales au regard du droit international », et comme un « obstacle majeur à la paix et à une solution à deux États ». Il rompt, ainsi, avec la doctrine initiée par le Président Trump qui avait remis en question le paradigme des « territoires palestiniens occupés », admettant que les territoires cisjordaniens n’étaient en fait, ni palestiniens, ni occupés. Les positions de Tor Wennesland (lui-même norvégien), n’en restent pas moins surprenantes dans la mesure où il a travaillé (en 1994) sur la rédaction des accords d’Oslo, dont Israël tient précisément l’ensemble de ses prérogatives, en zone C de Cisjordanie.

Tor Wennesland a également présenté les violences israéliennes comme un obstacle aux négociations de paix : « Il est impératif que les violences cessent de part et d’autre ». Ainsi, Israël est présenté comme coresponsable des violences (alors qu’il ne fait que se défendre des attaques palestiniennes). Il a alors listé les personnes palestiniennes blessées par les balles israéliennes : « le 1er janvier un Palestinien s’est retrouvé paralysé après des tirs à balles réelles par les forces israéliennes dans le sud de la Cisjordanie (lors d’un différend au sujet de la saisie d’un générateur d’électricité) », « le 5 janvier, un Palestinien a été abattu par les forces de sécurité israéliennes au carrefour de Gush Etzyon, en Cisjordanie, après avoir prétendument tenté de mener une attaque à l’arme blanche ». Pour Tor Wennesland « les forces de sécurité israéliennes doivent faire preuve de la plus grande retenue et ne peuvent utiliser une force létale que lorsque cela est inévitable » (sic).

Même s’il a admis que les palestiniens étaient responsables de violences à Gaza (« les tirs de roquette aveugles vers des centres urbains israéliens violent le droit international et doivent cesser immédiatement ») et en Cisjordanie (« les Palestiniens ont perpétré quelque 55 attaques contre des colons israéliens et d’autres civils en Cisjordanie, faisant 6 blessés et des dégâts matériels », concluant « tous les auteurs de violence doivent répondre de leurs actes devant la justice »), il a néanmoins placé israéliens et palestiniens, dos à dos, dans la survenance de ces violences.

Il s’est donc dit, « impatient d’échanger prochainement avec ses homologues pour identifier des mesures concrètes permettant de ramener les parties sur la voie de négociations constructives », et, « réjoui que, le 11 janvier, les Ministres des affaires étrangères de l’Égypte, de la France, de l’Allemagne et de la Jordanie se soient réunis au Caire pour discuter des moyens de faire progresser ce processus », rappelant que « les Ministres ont souligné leur soutien à la solution des deux États basée sur les lignes de 1967, les résolutions de l’ONU et le droit international, tout en rejetant les mesures unilatérales et exhortant toutes les parties, y compris le Quatuor, à prendre des mesures pour lancer des négociations » (sic).

Après avoir évoqué les frappes aériennes israéliennes sur les sites syriens (fin décembre 2020 et début 2021), la situation au Liban (notamment à la suite de l’explosion survenue à Beyrouth le 4 août 2020) et (rien de surprenant), « les violations, par Israël, de l’espace aérien libanais », il a de nouveau martelé : « Face à ces différentes crises, l’objectif primordial doit rester d’aider Palestiniens et Israéliens à résoudre le conflit, à mettre fin à l’occupation et à concrétiser la vision de deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, sur la base des frontières de 1967, des résolutions de l’ONU et du droit international ».

Avant de conclure, il s’être déclaré profondément préoccupé par la situation financière de l’UNRWA : « l’Office n’est pas seulement une bouée de sauvetage pour des millions de réfugiés palestiniens, il est également essentiel pour la stabilité régionale ». Il s’est donc dit « impatient de travailler avec la Coordonnatrice spéciale adjointe Lynn Hastings et avec toute la famille de l’ONU pour soutenir le processus de paix et soutenir le renforcement des institutions de l’Autorité palestinienne », avant de remercier son prédécesseur pour sa persévérance et son amitié…

Donald Trump avait ouvert une voie nouvelle, empreinte de pragmatisme et de bon sens, respectant la configuration géopolitique et juridique nouvelle née de la renonciation, par la Jordanie, à la Cisjordanie, le 31 juillet 1988 : depuis, la Cisjordanie n’est qu’un bien sans maître que les accords d’Oslo ont organisé (répartissant les prérogatives entre israéliens et palestiniens), en attendant la renonciation définitive, par les palestiniens, à leur violence contre Israël. 

Pour sa part, Tor Wennesland entend revenir à la doctrine qui prévalait antérieurement et s’accrocher au mensonge des soi-disant « territoires palestiniens occupé » (érigé comme vérité universelle par l’Onu, le 6 mai 2004). Il n’entend pas figer l’assiette du futur territoire palestinien sur la réalité juridique contemporaine mais sur le fantasme international, à savoir,  le partage de la Palestine refusé par les palestiniens, le 29 novembre 1947, et l’attribution à leur profit de la vielle ville de Jérusalem, annexée par la Jordanie en 1951 (au mépris de la résolution 181 ONU). Sa démarche, qui viole de Droit international, ne devrait pas être très productive.

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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