BDS n’aime pas Eric Dupont Moretti

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Le 9 février 2021, des intellectuels proches du Mouvement BDS ont cosigné une lettre ouverte adressée au Ministre de la Justice, Eric Dupont Moretti, lui faisant part de leur mécontentement à la suite de la circulaire qu’il a publiée le 20 octobre 2020. Dans cette dépêche (relative «  à la répression des  appels discriminatoires au boycott des produits israéliens »), le Ministre a tiré les conséquences de l’arrêt rendu, le 11 juin 2020, par la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Il a ainsi précisé aux  parquets et Présidents des Juridictions, la conduite à suivre en cas de poursuite des appels au boycott des produits israéliens. Comme la CEDH a rappelé que l’appel au boycott politique n’était répréhensible que s’il s’accompagnait d’un appel à la discrimination, le Garde des Sceaux a justement rappelé la nécessité de motiver l’interdiction d’un tel boycott, pour éviter qu’il ne porte atteinte à la liberté  d’expression.

Les défenseurs des palestiniens ont tout d’abord critiqué le principe d’une instruction donnée aux Procureurs et Présidents de Tribunaux tenus de rechercher l’existence « d’une provocation à l’égard d’une nation », en dépit de l’arrêt de la CEDH du 11 juin 2020. Pour les sympathisants du mouvement BDS, la CEDH a définitivement validé le principe de l’appel au boycott, ce qui est bien évidemment faux. Le Ministre de la Justice a juste rappelé l’obligation de vérifier si l’interdiction du boycott (atteinte à la liberté d’expression) était « nécessaire dans une société démocratique », et si les motifs de l’interdiction étaient « suffisants et pertinents ».

Pour mémoire, la Cour de Cassation française avait, le 20 octobre 2015, conclu de manière générale, que l’appel au boycott « constituait une provocation à la discrimination »  et  « qu’il ne saurait entrer dans le droit à la liberté d’expression ». Or, pour la CEDH, les magistrats n’ont pas justifié en quoi un tel boycott constituait un appel à la haine ou à la discrimination.

La lettre ouverte a donc rappelé que la CEDH a condamné la France au paiement d’une somme de 100 000 € de dommages et intérêts aux militants du collectif de Mulhouse, martelant que le boycott était celui « d’un régime d’apartheid et des produits qu’il exporte ». D’ailleurs, et dans une confusion absurde, les sympathisants du mouvement BDS, ont indiqué que le Garde des sceaux cachait mal « sa tentative d’assimiler le boycott d’Israël à de l’antisémitisme » (« comme le réclame les groupes de pression israéliens »), ce qui est parfaitement faux. Il s’agissait juste, pour le Ministre, de tirer les conséquences de l’arrêt de la CEDH.

Les auteurs de la lettre ont également fait part de leur vif mécontentement, quant au  mode de sanction pédagogique suggéré, en l’occurrence un stage de citoyenneté orienté sur les luttes contre la discrimination (sauf comportement réitéré) notamment ceux organisés au Mémorial de la Shoah, au Struthof ou au camp des Mille, ce qu’ils ont appelé « stage shoah ».

Ils ont ensuite reproché au Ministre de faire peu de cas de l’indépendance de la Magistrature, « en vous adressant aux magistrats aux présidents des tribunaux », et des jugements de la CEDH, alors même que « la France est tenue de s’y conformer ».  Ils se sont alors interrogés sur la raison pour laquelle le Ministre venait leur parler « des persécutions subies par les juifs », alors qu’eux veulent juste « se porter au secours du peuple palestinien sous occupation, colonisé, ghettoisé, martyrisé ». Ils en ont conclu qu’« Il s’agit « d’une démarche absolument abjecte », voire « c’est une insulte ». En fait, BDS (qui se nourrit de la haine d’Israël) imagine toujours pouvoir faire un parallèle entre le sort réservé aux juifs pendant la seconde guerre mondiale et la prévention du terrorisme palestinien en Israël.

Eric Dupont Moretti montrerait alors « son mépris pour un peuple opprimé » mais aussi pour les hommes et les femmes de conscience qui sont contraints de recourir au boycott « comme l’ont fait Gandhi, Martin Luther King ou Mandela » (les membres de BDS ne se prennent pas pour n’importe qui). Pour eux les gouvernements font fi des droits de l’homme et du droit international « dès qu’il s’agit d’Israël ». En réalité, les boycotts en faveur des libertés évoqués n’ont rien à voir avec celui de BDS. 

Ils ont ensuite tenté de tourner en dérision la préconisation du Ministre en invoquant l’existence de juifs au sein du mouvement BDS (dont des enfants et petits enfants de déportés « qui pourraient lui donner des leçons en matière de génocide de juifs », « y compris par la France », alors que « précisément en France, un seul magistrat a refusé de prêter serment de fidélité à Pétain en 1941 », « les magistrats juifs ayant déjà été écarté »…). Autrement dit, le Ministre ne saurait défendre Israël alors que la France n’a pas défendu ses juifs pendant la guerre. En réalité, il n’y a aucun rapport.

Il en est de même lorsqu’ils avancent que la France est tombée bien bas « en inquiétant des personnalités comme Stéphane Hessel, Edgar Morin ou Daniel Mermet pour leurs critiques sur la politique israélienne ». Sont également cités Noam Chomsky, Norman Finkielstein, Ken Loach, Roger Waters, Desmond Tutu, Ronnie Kasrils et bien d’autres, qui appellent au boycott d’Israël et sont qualifiés d’antisémites par Israël ». La lettre ouverte devient alors un pamphlet anti-français.

Dans ce registre, ils posent la question de l’utilité d’un « stage shoah » pour les juifs boycotteurs comme « l’historien Ilan Papé », le journaliste Gideon Levy ou encore la présidente de l’association israélienne des Médecins pour les Droits de l’Homme, Ruchama Marton. La lettre rappelle également que l’ancien président du parlement israélien, Avraham Burg, « a tellement honte de la politique israélienne » qu’il a demandé à ce que sa « nationalité juive » soit supprimée, et que de jeunes Israéliens juifs, préfèrent aller en prison, plutôt que de servir dans l’armée. Peu importe. Le Ministre de la Justice n’a fait que rappeler un principe juridique, à savoir les conditions de l’interdiction d’un boycott des produits israéliens.

BDS explique alors que « tous les juifs ne sont pas coulés dans le même moule » et que tous ne soutiennent pas un Etat qui commettrait « des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité » : « Il y a des juifs qui reconnaissent l’injustice et l’oppression, même si on ne leur donne jamais la parole ». « Beaucoup s’élèvent contre « l’occupation, la colonisation israélienne et son cortège d’atrocités, telles que les bombardements de populations civiles, les démolitions d’écoles et de cliniques, la détention et la torture des enfants, les ghettos privés d’électricité, d’eau potable, de soins et de nourriture comme à Gaza ». L’occasion est ainsi donnée à BDS de salir Israël,sans lien avec une politique judiciaire conforme à la jurisprudence européenne.

Arrivent alors les mensonges et calomnies à l’endroit d’Israël : le Ministre de la Justice ose « parler discrimination à l’égard d’une nation », quand un « peuple entier est privé de ses droits les plus fondamentaux, dont sa liberté de mouvement, depuis des décennies, par un occupant brutal, qui viole en permanence les droits de l’homme et le droit international, en remettant au goût du jour la notion de race supérieure (référence à la Loi sur l’Etat nation du Peuple juif » (sic).

Il demandent, alors, à Eric Dupont Moretti de ne pas contribuer au développement de l’antisémitisme en France, en « érigeant Israël au-dessus des lois, en lui garantissant l’impunité », et en se « soumettant aux volontés d’un lobby pro-israélien sans scrupules, et en répandant « que les juifs forment une catégorie de gens à part, au-dessus des lois ». Les sympathisants de BDS, vecteur d’antisémitisme, craindraient-ils pour les juifs de France. De qui se moque t-on ?

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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