Israël obligé de lancer une frappe sur les sites nucléaires iraniens? Et si oui, quand?

Publié par

 Aviv Kochavi , nucléaire iranien , Kenneth McKenzie , Tzachi Hanegbi

Israël devra peut-être faire cavalier seul contre un Iran doté de l’arme nucléaire, a déclaré mardi 2 février le haut ministre Tzachi Hanegbi, car, selon lui, il ne peut pas voir les États-Unis prendre une telle initiative militaire. Le ministre a pris la parole la veille d’une session du cabinet des affaires étrangères et de la sécurité d’Israël pour discuter de la question nucléaire iranienne, pour la première fois depuis l’entrée en fonction de l’administration Biden. Pour l’instant, a déclaré Hanegbi, il est vital de maintenir la pression des sanctions.

Lundi, le secrétaire d’État Antony Blinken a ajouté sa voix aux avertissements émis par le conseiller américain à la sécurité nationale Jake Sullivan et le haut chef militaire d’Israël, le lieutenant-général Aviv Kochavi, qui ont tous deux estimé que Téhéran pourrait être à quelques semaines de récolter suffisamment de matières fissiles pour fabriquer une bombe nucléaire.

Cette distance se raccourcit. L’observatoire nucléaire de l’ONU a révélé mardi qu’une deuxième cascade de centrifugeuses avancées IR-2m pour enrichir l’uranium a commencé à fonctionner à l’usine souterraine iranienne de Natanz et qu’un troisième groupe était prêt à fonctionner. La semaine dernière, Téhéran a annoncé qu’il avait amélioré l’enrichissement d’uranium à 20 pc à l’usine de Fordow. Ce niveau est toujours bien en dessous de la qualité nécessaire pour des armes, à 90pc, mais c’est un grand bond vers cet objectif. Téhéran ne fait aucun mystère de toutes ces violations flagrantes de l’accord nucléaire qu’il a signé avec six puissances mondiales en 2015 – depuis que les États-Unis ont abandonné l’accord.

Les sources militaires de DEBKAfile soulignent que les éléments clés du programme nucléaire iranien restent cachés – même aux experts chevronnés qui suivent fidèlement ses progrès. Ils sont tous d’accord sur certains points, en particulier sur le fait que la République islamique ne risque pas d’entrer en production pour une seule arme nucléaire, mais seulement lorsqu’elle a la capacité de déployer 3-5 armes. Le calcul est simple: les États-Unis ou Israël peuvent viser une seule bombe mais y réfléchiraient à deux fois si l’Iran était capable de répondre en nature et de lancer une attaque nucléaire sur ses assaillants. Téhéran considère donc qu’un arsenal nucléaire est un moyen de dissuasion contre une offensive ennemie.

Les experts de l’Iran ont du mal à déterminer le point exact atteint par l’Iran dans le développement d’une arme. S’agit-il uniquement d’un appareil primitif, ou sont-ils maintenant capables de construire une arme nucléaire suffisamment sophistiquée et compacte pour être montée sur un missile? Et qu’en est-il des autres composants sensibles, tels que l’enveloppe de la cartouche de combustible de fusion, par exemple? L’Iran reçoit-il de l’aide de la Corée du Nord ou du Pakistan sur ces détails essentiels?

On peut supposer que ces questions et d’autres ont été couvertes dans les conversations tranquilles que le chef du CENTCOM américain, le général Kenneth McKenzie, a eu en Israël la semaine dernière, d’abord avec le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant général Aviv Kochavi, puis lors d’une séance de deux heures, avec Yossi Cohen, directeur de l’agence israélienne Mossad. Cohen a sans aucun doute renseigné le général américain sur les données du renseignement derrière le discours historique de Kochavi lundi dernier, dans lequel il a exclu la reprise des pourparlers nucléaires comme «erronés» et a révélé qu’il avait chargé les Forces de défense israéliennes de préparer un certain nombre de plans opérationnels, en plus de ceux déjà en place. ».

« Il appartiendra bien entendu aux dirigeants politiques de décider de la mise en œuvre », a noté le général. «Mais ces plans doivent être sur la table.»

Il va de soi que le chef du CENTCOM élaborera lui-même des plans militaires prêts à être présentés au nouveau président américain en cas de décision de frapper l’Iran.

Parallèlement à la piste militaire, Washington et Téhéran parlent tranquillement depuis quelques semaines. Plus récemment, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et d’autres émirats du Golfe se sont précipités pour goûter les eaux iraniennes, à la recherche de signes de volonté d’engager des pourparlers sur un accord nucléaire amélioré. Le nouveau chef de la CIA, Wiliam Burns, qui était la figure clé des pourparlers indirects de l’administration Obama à Oman en 2013-1014, qui ont mûri dans l’accord de 2015, est un personnage notable dans toutes ces initiatives.

L’évolution la plus notable à l’heure actuelle est que Tsahal se prépare à agir contre le programme nucléaire iranien – même si elle doit le faire seule.

En attendant, Washington et Téhéran se déplacent le long d’ une piste prédictible, chacun attendant que l’autre fasse le premier pas.

Samedi, Téhéran a souligné que l’accord nucléaire était «non négociable» et sa participation «immuable» et a réitéré sa demande de levée des sanctions américaines avant de donner son éventuel consentement à revenir à la table. Le président Joe Biden a insisté sur le fait que l’Iran devait d’abord se conformer pleinement à ses conditions.

Puis, lundi, FM Mohammed Javad Zarif a suggéré qu’un responsable de l’Union européenne pourrait aider à «synchroniser» ou «coordonner» les efforts de l’Iran et des États-Unis pour revenir à un accord nucléaire de 2015 «alors que l’impasse persiste, concernant le pays qui fera le premier pas.»

Le conflit prend donc une dimension plus large. La position diplomatique de Biden envers Téhéran est évidemment surveillée avec vigilance par les présidents Vladimir Poutine et Xi Jinping ainsi que par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et pourrait aller loin dans la détermination de la position de son administration sur la scène internationale.

Israël est confronté à un dilemme périlleux. Les commentaires du général Kochavi sur la menace iranienne ont réveillé le lobby israélien des anciens chefs de la sécurité qui ont contrecarré les plans préparés par le premier ministre de l’époque Binyamin Netanyahu et son ministre de la Défense, Ehud Barak, pour étouffer le programme d’armes nucléaires de l’Iran dans l’œuf avec une attaque militaire (en 2012°.

Mais ces jours-ci, à la suite des nouvelles relations et des nouvelles ententes conclues par Israël pendant l’administration Trump avec les pays du Golfe et le Maroc, l’État juif a un besoin impérieux de préserver ces liens hautement stratégiques. En même temps, le gouvernement est tenu de préserver sa liberté d’action contre l’Iran, pour l’empêcher d’obtenir une capacité nucléaire en cas d’agression, tout en restant en synchronisation avec les États-Unis, l’ Europe et le Golfe.

Netanyahu prépare quant à lui le terrain pour l’action. Lundi, il5 a été confié au ministre des Finances Yisrael Katz et au général Kochavi pour mettre sur pied un paquet de trois milliards de shekel (environ 910 millions de dollars) afin de financer une éventuelle attaque militaire. Mercredi, le cabinet de sécurité devait être convoqué pour proposer les options. Mais le temps presse. Si le gouvernement sortant décide d’agir, il devra frapper avant les élections générales du 23 mars.

Laisser un commentaire