Le difficile réveil des Arabes israéliens, par Michèle Mazel

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Ces jours-ci, malgré le confinement et les règles de distanciation sociale, des rassemblements de protestation ont eu lieu un peu partout dans les communautés arabes d’Israël, situées majoritairement dans le nord du pays.

La plupart de ces manifestations se sont déroulées dans le calme, les citoyens exaspérés, encadrés par les élus locaux, se contentant de scander des slogans face aux forces de l’ordre qui se tenaient  à distance.    

Palestinian and Arab Israeli protesters wave Palestinian flags as they march for the right of return for Palestinian refugees who fled their homes or were expelled during the 1948 war that followed the creation of the state of Israel, during the 71th anniversary of the Jewish state’s founding, near Umm al-Fahm in northern Israel on May 9, 2019,

On sait que les relations entre la minorité arabe et la police ont toujours été tendues, le nationalisme y étant pour beaucoup. Souvent c’est sous des drapeaux palestiniens que défilaient les manifestants. C’est d’ailleurs par solidarité avec les Palestiniens qui venaient de déclencher la seconde intifada que de violentes émeutes se produisirent en octobre 2000. Elles furent réprimées d’une main de fer ; il y eut 13 victimes. La commission d’enquête mandatée par le premier ministre d’alors, Ehud Barak publia des conclusions sévères sur la gestion de la crise par le gouvernement et par la police, mais aussi sur la conduite des dirigeants de la communauté arabe. Elle ne contribua en rien à apaiser les rancœurs. Pendant de longues années la police évita autant que possible de pénétrer dans les villes et villages arabes, où régnait d’ailleurs une forme d’omerta.

Petit à petit, à travers la frontière poreuse avec l’Autorité palestinienne se développa un fructueux trafic de drogue et d’armes. Bientôt des bandes rivales déclenchèrent de véritables guerres de gangs. Batailles rangées en pleine rue, grenades, voitures piégées, tirs sans discernement atteignant parfois des passants innocents.  Là encore, faute de coopération locale, les forces de l’ordre se trouvèrent impuissantes. En vain de nouveaux postes de police furent édifiés, tandis qu’un nombre de plus en plus grand d’arabes israéliens étaient recrutés par la police.  L’insécurité grandissante poussa de nombreux citoyens à acquérir à leur tour des armes pour se défendre. Il faut dire que parallèlement la société arabe avait commencé à évoluer.

De plus en plus de jeunes poursuivaient leurs études dans les universités d’Israël avant de prendre une part active dans la vie du pays, dans les professions médicales et paramédicales, le monde des banques et de la finance et les industries de haute technologie. Ils ne se sentent plus représentés aujourd’hui par les partis arabes traditionnels tout entiers tournés vers la défense de la cause palestinienne et se désintéressant du sort de leurs électeurs. Une désaffection qui gagne du terrain. Une majorité d’Arabes israéliens a condamné le vote de ses élus à la Knesset contre les Accords d’Abraham et l’ouverture de relations diplomatiques avec les pays du Golfe.

Mais revenons aux manifestations de ces derniers jours. Cette fois, il ne s’agissait pas de protester contre des violences policières, mais bien au contraire de réclamer une plus grande présence policière dans les villes et les villages arabes pour mettre fin à l’insécurité.

En cette période pré-électorale, les citoyens israéliens arabes demandent au gouvernement d’assumer son rôle et l’assurent de leur coopération. Des voix s’élèvent, appelant à la création d’un nouveau parti arabe prêt à entrer dans une coalition gouvernementale pour œuvrer au bien-être de sa communauté. Ali Salam, maire de Nazareth, la plus grande ville arabe du pays, n’a pas hésité à déclarer publiquement qu’il était « avec Bibi. »

Par Michèle Mazel

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