Le vote des palestiniens de Jérusalem en question

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Le 15 janvier 2021, le Président de l’AP, Mahmud Abbas, a annoncé la tenue d’élections dans les territoires sous contrôle palestinien en 2021: pour les législatives, elles se tiendront le 22 mai et pour les présidentielles, ce sera  le 31 juillet. Y seront conviés, les palestiniens vivant dans les zones A et B de Cisjordanie mais également ceux vivant dans la bande de Gaza. Le Président palestinien entend, toutefois, «lancer une campagne électorale démocratique dans tous les gouvernorats du pays, dont Jérusalem ». En effet,pour le responsable de l’AP, les palestiniens vivant à Jérusalem-Est, doivent, naturellement, participer aux scrutins. Aussi, et pour le leur permettre, il souhaiterait l’installation de bureaux de vote à Jérusalem (sic). Pour ce faire, les organisateurs du scrutins entendent mettre la pression sur Israël en appelant l’UE à leur secours, pour l’y contraindre. La technique est bien évidemment habile : l’installation de bureaux de vote palestiniens à Jérusalem consacrerait une forme de souveraineté partielle palestinienne sur la capitale indivisible et éternelle d’Israël.

Aussi, et pour forcer la main d’Israël, le Premier Ministre palestinien Mohammed Shtayyeh a indiqué : « L’une des dispositions les plus importantes des accords signés avec Israël concerne la participation de notre peuple à Jérusalem ». Aussi, s’est il adressé à l’Etat d’Israël en ces termes : « nous demanderons formellement à Israël de permettre aux Palestiniens de participer aux élections, pour voter et se porter candidat ».

Le Premier ministre palestinien a donc, le 18 janvier 201, appelé l’UE pour qu’elle mette en place une équipe d’observateurs pour l’organisation de ce fameux scrutin à Jérusalem Est, c’est-à-dire sur un territoire qui fait partie intégrante de l’Etat d’Israël. A titre de comparaison, c’est un peu comme si la France installait des bureaux de vote à New York pour y faire voter les français (qui y vivent), à l’occasion de scrutins nationaux intéressant l’hexagone. La tactique est subtile. L’autorisation, par l’Etat d’Israël, d’installer de tels bureaux de vote, emporterait désaveu d’une parfaite souveraineté sur sa capitale.

Deux jours plus tôt, l’UE s’était naturellement réjouie d’une telle annonce, et avait marqué son accord pour « coopérer avec les acteurs compétents pour soutenir le processus électoral ». Plus précisément, un porte parole de la diplomatie européenne a même précisé : «  L’UE appelle aussi les autorités israéliennes à faciliter la tenue de ces élections sur tout le territoire palestinien ». Ce faisant, l’UE a, une nouvelle fois confirmé que, pour elle, Jérusalem Est, bien que partie intégrante du territoire israélien, n’est autre ….qu’un territoire palestinien (sic). Effectivement, l’UE n’a jamais reconnu l’annexion, par Israël, de la partie orientale de Jérusalem (en 1967), ce qui est parfaitement absurde : cette partie de la ville était sous souveraineté jordanienne (au moment de l’annexion), or, la Jordanie a, le 31 juillet 1988, officiellement renoncé à ce territoire. Il n’y a donc plus de débat.

Bien évidemment, la décision d’organiser de telles élections en 2021 n’est pas anodine, même si son organisation est particulièrement inopportune, cette année, en raison de l’épidémie de la Covid 19. En effet, l’inscription des nouveaux électeurs ainsi que la liste des candidats de chaque parti doivent se faire par voie électronique, mais le vote lui-même le sera en présentiel, dans les bureaux de vote. Autrement dit, les palestiniens entendent organiser, en Israël, des regroupements humains alors que tout le pays vit sous confinement ou limitation de mouvement, depuis des mois.

En réalité, l’installation de bureaux de vote palestiniens à Jérusalem est un faux débat : un sondage de décembre 2020, indique que 56% des palestiniens interrogés sont favorables à la tenue d’élections générales même si elles n’ont pas lieu à Jérusalem (39% se sont prononcés contre). Il suffirait donc, pour les organisateurs du scrutins, de faire participer les palestiniens de Jérusalem soit par correspondance, soit par procuration, soit encore en leur laissant la possibilité de se rendre directement dans les bureaux de vote à Bethléem ou à Ramallah.

Notons d’ailleurs qu’il ne s’agit que d’une mesure transitoire : lorsque les palestiniens accepteront, à l’instar d’autres pays musulmans, de normaliser les relations avec Israël, il sera possible d’ouvrir une ambassade palestinienne à Jérusalem, ce qui permettra aux palestiniens qui y vivent de s’y rendre, lors des prochains scrutins.

La stratégie palestinienne n’en reste pas moins subtile : les palestiniens anticipent un échec de ces élections et tentent d’en imputer la responsabilité à Israël. Autrement dit, la finalité pour les organisateurs des élections est de faire d’Israël, le principal obstacle à la tenue de ces élections, alors que le véritable problème tient aux divergences insurmontables entre les deux mouvements palestiniens, Fatah et Hamas,  qui modèlent la pensée palestinienne. Le Hamas avait remporté la victoire lors des précédentes élections législatives palestiniennes de 2006, ce que l’AP n’avait pas accepté. Le Hamas avait donc été contraint de faire sécession sur la bande de Gaza (en 2007), et de s’organiser, politiquement, indépendamment du Fatah.

Il était donc urgent pour les palestiniens d’afficher un semblant d’unité. Un cadre du Hamas a donc tenté de rassurer la communauté internationale : « Nous sommes parvenus cette fois à un vrai consensus, les divisions ont causé du tort à notre cause nationale et nous travaillons à y mettre fin ».

L’inconvénient résulte de ce que la question, que d’aucuns appellent « palestinienne », n’intéresse plus grand monde. Avec la Normalisation des relations entre certains pays musulmans (Émirats arabes unis, Bahreïn, Soudan, Maroc) et Israël, l’opposition historique israélo-arabe s’est transformée en un axe israélo arabe contre l’Iran (ennemi commun). Aussi, l’image qui reste des palestiniens est celle d’une absence d’unité politique, géographique et idéologique, outre les mauvais souvenirs : attentats, bombes, incitation à la haine, et bien évidemment, le coût engendré pour la communauté internationale.

Certes, les palestiniens ont besoin de s’exprimer politiquement : un sondage dans les territoires sous contrôle palestinien a révélé que 66% des palestiniens estiment que Abbas (âgé de 84 ans) ne doit pas se représenter. S’agissant des projections en nombre de voix, les législatives devraient voir le Fatah l’emporter (38% contre 34 %) à moins qu’une liste dissidente du Fatah, dirigée par Mohamed Dahlan ou Marwan Barghoutti, ne s’inscrive  (ces derniers reprochent au Fatah, corruption et népotisme). S’agissant des présidentielles, c’est le Hamas qui devraient remporter la victoire, (Ismaël Haniyeh l’emporterait avec 50% des voix contre 43 % pour M Abbas), à moins que le terroriste Marwan Barghouti (qui purge une peine d’emprisonnement à vie en Israël) soit autorisé à se présenter. En tout état de cause, si le résultat des élections législatives ne convient pas à M Abbas, il reportera les élections présidentielles de juillet en invoquant ….l’épidémie.

Peu importe. Cette cuisine interne palestinienne n’intéresse en rien Israël. Si donc les palestiniens de Jérusalem entendent s’exprimer démocratiquement, qu’ils le fassent, mais ailleurs qu’à Jérusalem.  

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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