La protection rapprochée d’Houria Bouteldja à l’IMA

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Bruno Levesque / IP3 Paris France 28 Septembre 2017 Sur le parvis de l’Institut du monde arabe Avant premiere presse d’un spectacle electronique en lumieres et sons a l’occasion des 30 ans de l’Ima.Reouverture des 240 moucharabiehs en lumiere. (MaxPPP TagID: maxpeoplefrfour321697.jpg) [Photo via MaxPPP]

Là où on découvre que le droit d’être publiquement antisémite, selon Jack Lang, ne contredit pas le « droit du travail »

Qui protège Houria Bouteldja ?
Houria Bouteldja
CAPMAN / SIPA

Qui protège Houria Bouteldja ?

Antisémitisme

Par Martine Gozlan

Publié le 29/12/2020 à 15:13

Houria Bouteldja, la fondatrice du Parti des Indigènes de la République, refait parler d’elle après avoir écrit un article contre Miss Provence, tellement raciste que Mediapart a dû se résoudre à le dépublier.

Le 24 décembre, pour Noël, Houria Bouteldja, l’égérie du Parti des Indigènes de la République, a refait des siennes. Elle a pourtant quitté le mouvement en octobre dernier avec la satisfaction de laisser « le plus grand héritage politique en France depuis les années 1980 » mais c’est de PIR en PIR ! Volant au secours des haineux qui s’étaient déchaînés sur Twitter contre April Benayoun, Miss Provence, de père Israélien, Bouteldja écrit, entre autres perles, pour justifier cette déferlante : « On ne peut pas être Israélien innocemment ». C’est donner un permis d’insulter, de diffamer, voire pire.

Elle poursuit sur sa lancée :« Chez les indigènes vivant dans l’hexagone, vous trouverez, chez les moins politisés, un antijuifisme confus, à mi-chemin entre l’antisémitisme gaulois, fruit de leur grande intégration, et l’anti-israélisme, fruit de leur spontanéité anticoloniale ».L’insulte contre April Benayoun serait donc légitime, jaillie d’un charmant éthos antijuif et antisioniste-spontex, comme il y eut naguère des Mao-spontex.

ANTISÉMITE NOTOIRE

Ce galimatias fait semblant d’être complexe. En réalité il se réduit à cet élément simple : l’essentialisation du peuple israélien se confond ici, comme depuis longtemps, avec l’antisémitisme. C’est par le discours de Bouteldja, repris par tant d’autres, dont de sémillants universitaires, que l’antisionisme a franchi depuis longtemps la ligne de démarcation qui sépare la contestation de la politique d’un État de la haine contre son existence même et, partant, contre l’existence juive.

Pourtant, jusqu’ici, les procédures intentées contre Houria Bouteldja ont été rarissimes malgré un livre hallucinant, « Les Blancs, les Juifs et nous » publié en 2016 aux éditions la Fabrique, dirigées par Éric Hazan. Pour Mario Stasi, président de la Licra, ses propos actuels « constituent évidemment une bouillie nauséeuse et insupportable. Houria Bouteldja est une antisémite notoire et son livre est racialiste et indigéniste, tout ce contre quoi nous nous battons.Quand j’ai pris la présidence de la Licra, en 2017, il n’était hélas plus temps d’attaquer cet ouvrage ignominieux devant les tribunaux… »

« ON NE PEUT PAS ÊTRE ANTISÉMITE INNOCEMMENT »

La période précédente avait été en effet marquée par une dérive qui culmina avec l’affaire Georges Bensoussan, poursuivi pour provocation à la haine raciale. Des sympathisants de l’organisation évoquent leur « honte » à cette évocation. Comment avait-on pu se retrouver aux côtés du CCIF contre l’historien et n’avoir jamais bronché devant l’antisémitisme de Bouteldja ?

Cette époque est heureusement révolue. Aujourd’hui, la réaction de la Licra aux propos de la récidiviste du PIR est claire : « Nous examinons l’opportunité de saisir la justice. Car à supposer l’infraction pénale établie, on ne peut pas être antisémite innocemment » tweete l’organisation, en riposte à la formule de la provocatrice préférée des salons gauchistes.

Quant à la  Ligue des droits de l’homme, elle n’a jamais attaqué car les propos et la personnalité de Houria Bouteldja confortent sa vision idéologique qui défigure depuis plus de deux décennies les anciens principes fondateurs de la LDH. Le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), à l’opposé de la LDH, a émis de nombreuses protestations contre des meetings où avait été invitée la prêtresse du PIR mais ne l’a jamais poursuivie en justice. Le CRIF, non plus. « Mais cette fois je considère que la ligne rouge a été franchie et nous consultons nos avocats » déclare Francis Kalifat, le président du CRIF.

Jusqu’ici, on ne trouve donc trace que d’une seule procédure entamée et perdue en 2011 par « l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française » ( AGRIF), une organisation d’extrême droite.

« GALAXIE ISLAMO-GAUCHISTE »

C’est ainsi dans une aisance totale qu’a pu se déployer et essaimer le discours d’Houria Bouteldja. « Ce qui la  protège, estime le journaliste et écrivain Philippe Val, menacé de mort et placé sous protection policière, c’est vraiment la galaxie islamo-gauchiste. Elle a ses relais à la France insoumise, comme Danielle Obono et Rokhaya Diallo. Elle a aussi ses réseaux à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales ( EHESS). Dès qu’une Bouteldja ou autre est touchée, on voit fleurir des tribunes d’intellectuels dans Le Monde. Nous, esprits libres, laïques, républicains et universalistes, le monde intellectuel nous enterre alors qu’à chaque fois, il se lève pour les sauver. »

En juin 2017, effectivement une de ces tribunes était publiée dans Le Monde, pour protester contre un article de Jean Birnbaum sur « la gauche déchirée par le racisme anti-raciste ». On relevait les signatures de la romancière Annie Ernaux, de Ludivine Bantigny, des inévitables animateurs de l’Union juive française pour la paix ( UJFP) micro-groupuscule drapé dans le manteau identitaire pour déverser sa haine de soi, ce qui n’empêche nullement les médias de faire passer l’UJFP pour  une voix représentative de la communauté juive. Il y avait aussi les habituels prêcheurs sociologisants. Dans les colonnes de Marianne,  Jack Dion réagissait avec vigueur sous le titre éloquent : « Touche pas à ma raciste ! » et brocardait « un texte ahurissant d’allégeance à une dame qui a exposé son racisme au vu et au su de tous. »

L’EMBARRAS DE JACK LANG

Bardée de labels branchés, Bouteldja continue donc son chemin. Pas un stop sur sa route. Au contraire. Elle dénonce « l’État français raciste et colonial » mais jouit d’un poste bel et bien payé par ce même État à l’Institut du monde arabe qui ne s’est jamais ému de ses activités militantes.

Contacté par téléphone, Jack Lang, son patron, le président de l’Institut du monde arabe, est même exaspéré. Voici notre échange : « Je suis très loin de la France, à 4000 kilomètres et je n’ai entendu parler que très vaguement de ce que vous évoquez ! Mais je suis juriste et la personne dont vous parlez  respecte absolument le droit du travail, nous n’avons aucun problème à l’IMA avec elle et ceci constitue une intervention extérieure. Si je dois donner un avis, je le ferai en temps utile et après avoir pris connaissance de toutes les données éventuelles.

– Mais Houria Bouteldja n’en est pas à sa première déclaration…Le Pir, son livre, son idéologie…

– Écoutez, assez ! Je vous en ai déjà trop dit ! »

Mais ce parrainage nous suffit pour comprendre.

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Par Martine Gozlan

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